Jee – l’art au bout des doigts

Rencontre avec Jee, aka Egoandeyeshadow sur Instagram. Qui est Jee ? Jee, c’est cette réunionnaise qui ose : se raser les cheveux, les teindre en rose, se maquiller à la David Bowie, se transformer grâce au maquillage, partager ses points de vue, se former pour exercer le métier qui lui plait… Se lancer. S’accomplir.

Jee est une passionnée. De la vie. Et elle est prête à tout donner pour atteindre ses objectifs (après avoir pris un bon café le matin). Prenons l’exemple de la coiffure : c’est au lycée, en constatant qu’elle avait « tout le temps la main dans les cheveux », que le déclic arrive. Et elle est son propre cobaye ! Couper, raser, boucler, lisser, coiffer, colorer, … elle ose tout. Et quand vient le moment de transformer cette passion en métier, elle y va à fond : un CAP pour pouvoir exercer, un Brevet professionnel pour pouvoir se mettre à son compte et un Brevet de Maîtrise pour pouvoir enseigner !

Don’t stop me now, chantait Freddy Mercury. Jee se retrouve complètement dans ces paroles. D’abord parce qu’elle est une inconditionnelle du chanteur mais surtout parce qu’elle a toujours eu cette hargne de vouloir s’en sortir dans la vie. Cette empressement de se sentir exister. « J’ai, depuis toujours, la conviction qu’on a tous quelque chose d’extraordinaire en nous. Tous sans exception ! Il suffit de se laisser aller à la vie… et d’oser. »

Choisir d’avoir le choix

Alors c’est dans doute pour ces raisons qu’elle ne s’est tout simplement pas arrêté au CAP. Comme elle le précise : « j’aime avoir la porte ouverte sur toutes les fenêtres ». Traduisez par : elle souhaite avoir le choix, pouvoir DÉCIDER, ne pas avoir à subir, et ce, dans tous les domaines.

Concrètement, ses 3 diplômes lui assurent un parfait contrôle sur sa vie professionnelle : si le salariat la dégoûte du métier, elle se met à son compte. Et si cela ne lui convient plus, elle peut alors transmettre via l’enseignement et le partage de ses connaissances. En d’autres termes : elle peut aborder son métier sous plusieurs angles et travailler à sa façon sans se cantonner à « la touche personnelle de quelqu’un d’autre ».

La coiffure ou le reflet d’un nouveau soi

On dit souvent que lorsqu’une femme se coupe les cheveux, c’est une renaissance (cf Coco Chanel « une femme qui se coupe les cheveux est une femme qui s’apprête à changer de vie« ). On parle même récemment de « revenge hair [1] », où après une rupture, un moment difficile, un petit détour chez le coiffeur et tout repart, comme pour montrer au monde que tout va bien. En somme, la coiffure reflète la personnalité, une étape de vie… Pour Jee : chez certaines femmes, oui !

« J’en fais moi-même partie ! La chevelure est un moyen comme un autre de s’exprimer, d’affirmer ce que nous sommes. Ou parfois, tout simplement, de s’amuser ! Mais c’est aussi chez certaines d’entre nous, un moyen de se ‘renouveler’. Quand on change, de vie, de personnalité, de manière de voir les choses, on aimerait que cela se voit. Pour certaines, ça passe par le tatouage, ou le changement de style vestimentaire. Pour d’autres, une nouvelle coupe, un changement de coloration. »

La Joliesse : le défi de l’entrepreneuriat, monde de l’incertitude et de l’angoisse

Et fin novembre 2020 : La Joliesse – mise en beauté est née ! Coiffure, maquillage…

Et avec ça, un cadeau empoisonné : l’administratif. Jee se qualifie de phobique administrative, alors se mettre à son compte, c’est un sacré défi. Défi qu’elle a décidé de relever, là encore car elle souhaite être maitresse de son destin.

« Je suis seule maître à bord. J’aborde ma carrière de la manière dont ça me plaît. Que ce soit les horaires, le choix des marques ou des techniques. A contrario cela représente aussi le fait de ne devoir compter que sur moi-même pour gagner ma vie. Je n’ai pas l’assurance d’un salaire à la fin du mois peu importe ma charge de travail. Je ne me fais pas rembourser aussi facilement mes arrêts maladie. Si je veux gagner ma vie : JE dois charbonner ! »

Un soupçon de maquillage ?

Lorsqu’on regarde ce que Jee partage sur les réseaux sociaux, on ne peut que constater son amour pour l’expérimentation : jouer avec les couleurs, les techniques, les formes… Pourquoi tant « d’extravagance » ? Pourquoi ne pas opter pour ce qu’on appelle « maquillage de tous les jours » ? Jee a une âme d’artiste, elle est créative. Pourtant, elle a longtemps abordé l’art sous le spectre de la performance. Uniquement la performance. Elle a donc cherché à produire des looks dits « artistiques », pour se dépasser. Mais au fil du temps, elle a su faire le lien entre sa créativité et sa performance. Deux critères qui viennent se compléter, se renforcer l’un l’autre. Et puis, tout comme la coiffure reflète la personnalité, le maquillage aussi : Julie est extravagante, exubérante, un peu fofolle. Forcément, et même naturellement, cela se retrouve dans ses créations.

Créer dans les cheveux, sur des visages, mais aussi sur du papier et sur tablette : Jee dessine !

Sa créativité ne s’arrête pas au maquillage et à la coiffure ! En plus de dessiner sur son visage à l’aide de fards hauts en couleurs, Jee dessine aussi sur papier, sur tablette… Pourquoi ? Pour profiter d’un moment de calme et de sérénité.

« Commencer un dessin, c’est pour moi l’assurance de ne penser à rien d’autre pendant un moment – un miracle pour une victime de l’overthinking [2]. Je me concentre, je travaille ma patience. Et, depuis peu, je travaille aussi l’expression de ce que je ressens. J’ai longtemps cru que l’art n’était que performance. Mais l’art, ce n’est pas que le beau ou le bien exécuté. L’art, ça doit toucher, transcender, libérer, et j’ai encore du travail de ce côté-là. »

Mais Jee, ce n’est pas que du dessin, du maquillage et de la coiffure. Elle parle. Elle dit ce qu’elle pense. Elle dénonce. Elle alerte. Elle ouvre le débat. D’ailleurs, sans grande surprise, quand on lui demande quelle est la plus grande frustration dans son métier, elle répond : devoir rester politiquement correcte. On parle souvent de ce « cliché » où lorsque l’on se fait coiffer, on doit « subir » les papotages avec le coiffeur. Mais on parle bien moins du point de vue du coiffeur : « En coiffure, en tant que professionnel, pour assurer neutralité et bon relationnel, on ne doit pas aborder la politique, la religion, ou tout ce qui a trait aux grandes convictions personnelles (ou opinions tout simplement). Malheureusement on ne peut pas empêcher nos clients d’aborder ces sujets ou d’y faire allusion, ce qui nous emmène parfois à entendre des choses qui nous sortent par les yeux. »

S’accomplir rime avec solidarité ?

S’accomplir. En soi, c’est une notion assez personnelle. Alors est-ce que cela signifie qu’on peut réussir seul.e ? Jee estime que l’on peut s’accomplir avec ou sans soutien. Elle explique alors que oui, parfois, la vie est faite de manière à ce que la clé soit détenue par quelqu’un d’autre. Sans cette clé, impossible d’avancer. Mais au fond, pour avancer, il faut avant tout avoir une profonde volonté de trouver la clé, où qu’elle soit, et découvrir quelle porte elle ouvre. Le soutien des autres est quelque fois nécessaire mais seulement, et uniquement, si on a envie de s’accomplir. Ce n’est pas forcément le cas de tous. Comme on dit « quand on veut, on peut ». Si dès le départ, la personne ne « veut pas », alors elle ne « pourra pas ». Et ce, peu importe le soutien.

Quid de la solidarité féminine ?

REUNIONNAISES étant un webzine qui prône la mise en avant des femmes réunionnaises. Il était presque obligatoire d’aborder cette notion avec Jee pour avoir un avis sincère sur cette notion quelque fois employée à outrance, sans réelles significations, juste pour suivre une tendance.

« En ce qui concerne la solidarité féminine, j’ai longtemps eu du mal avec cette notion. D’abord parce que j’ai une part masculine assez prédominante dans ma personnalité. Mais j’ai découvert petit à petit, qu’on était toutes magiques, sacrées, et qu’il fallait aider les autres femmes à briller. Parce que la société nous l’a longtemps empêché. Parce que ça n’éteint pas notre propre lumière. Pour autant, je ne prône pas la ‘solidarité aveuglée’. Je ne mettrais pas en valeur une femme dont les principes sont contraires aux miens. Mais j’ai compris que la solidarité féminine, c’est, dans ce genre de cas, aider les autres femmes à s’ouvrir et voir les choses sous un autre angle quand j’estime qu’elle peut en avoir besoin. »

Mettre fin aux aprioris : être coiffeuse est un choix pas une carrière par défaut.

Soyons honnêtes, beaucoup de parents préfèrent pousser leurs enfants vers de « longues études », un parcours dit classique. La coiffure est rarement perçue comme un choix de carrière. Il y a cet a priori : elle n’est pas « faite pour les études » (sous-entendu « pas intelligente ») donc elle doit opter pour un métier « comme ça ». C’est là une triste vérité.

Mais Jee entend bien prouver le contraire : « Je dirais à ces gens que j’ai toujours été très bonne élève. Que j’ai eu 15 en Littérature et 18 en Allemand quand j’ai passé mon bac. Que ma matière préférée en cours pendant mon CAP était la Biologie ! Être une personne manuelle n’empêche en rien le fait d’être quelqu’un d’intellectuel. Pour autant, je ne me considère pas forcément intelligente par rapport à ça…Alors oui, il peut arriver que dans une classe de 10 apprentis, 5 peuvent avoir du mal à écrire. 2 peuvent avoir du mal à parler français, même. Pourtant, ces 7 personnes peuvent nous en apprendre bien plus sur la vie qu’un cadre avec 10 années d’études. Et j’ose espérer que les gens savent mieux, à l’heure actuelle, faire la part des choses à ce sujet. »

On vous l’avait dit : Jee, c’est cette réunionnaise qui ose et qui n’a pas peur de partager ses points de vue. Un exemple à suivre !

La rédaction : en une phrase, qu’est-ce qui caractérise pour toi le fait d’être réunionnaise ?

Jee : « Pour moi être réunionnaise, c’est avoir une ouverture d’esprit et une richesse culturelle. ».

Envie d’une mise en beauté (coiffure, maquillage) ? Retrouvez Jee sur @lajoliesse974 sur Instagram.


[1] Référence à Jennifer Lopez qui a été aperçue avec une toute nouvelle coiffure suite à se rupture.

[2] Le fait de penser excessivement à quelque chose, à la limite d’en faire une obsession, sans pour autant que cela ne soit utile.