Rachel Vitry – une Rachel Greene made in La Réunion.

« Celui qui faisait tout main* »

Saint-Josephoise expatriée en République d’Irlande, Rachel Vitry est une auto-entrepreneuse soucieuse de l’environnement qui propose des éco-produits fait main sur son Etsy Shop « low impact » : EndlessSouls. Embarquez dans l’univers doux et coloré d’une Yab-les-hauts adepte de bien-être vert.

Après quelques minutes à peine d’entretien, c’est tout naturellement que l’association s’impose : Rachel Greene. En plus d’un clin d’œil au message écolo de notre interlocutrice avec le nom Greene/Green (vert en anglais), notre Rachel péi, partage certains points communs avec l’héroïne iconique de la série culte Friends. Tout comme le personnage incarné par Jennifer Aniston dans les années 90/2000, Rachel s’est retrouvée projetée dans une nouvelle vie il y a de cela cinq ans par un concours de circonstances. Bien que ce ne soit pas en robe de mariée que la Saint-Josephoise débarque dans la ville irlandaise de Cork en 2015, c’est tout de même un peu paumée et incertaine quant à l’avenir, qu’elle s’embarque dans ce qui deviendra sa nouvelle vie. Avec ses hauts et ses bas mais surtout de nombreuses opportunités de développement personnel. Alors, prêt(e)s pour un épisode ?

  • référence du sous-titre * : la série FRIENDS.
Rachel Vitry

Et si… Etsy ?

Aujourd’hui, Rachel est une vendeuse Etsy comblée avec la tête remplie de projets. C’est en septembre 2020 qu’elle se lance dans l’aventure Etsy en créant son shop EndlessSouls sur ce site de vente en ligne qui donne une plateforme au fait main, à l’artisanal et au vintage. Elle nous raconte : « Je faisais déjà beaucoup de cadeaux faits main et un jour j’ai envoyé un petit colis d’anniversaire à une de mes meilleures amies, contenant notamment des bougies, et en le recevant, une de ses amies a demandé si j’étais sur Etsy. C’était au mois de mai 2020. Ça m’a beaucoup fait réfléchir et en septembre je créais mon shop Etsy. » Il faut dire que la situation actuelle a énormément contribué à ce saut rapide dans l’inconnu, en libérant du temps et en donnant à Rachel cet élan pour quelque chose de nouveau et apportant plus de sens à sa vie.

Petites bougies « cupcake » lavande – by EndlessSouls

EndlessSouls : remettre un peu d’âme dans la consommation actuelle

En huit mois d’activité en ligne, Rachel a maturé son projet et le concept EndlessSouls: il s’agit de proposer des produits bien-être bio, sourcés, éthiques et réutilisables dans la mesure du possible tout en évitant l’impact environnemental à la source. Plus ambitieux encore, c’est au paradigme consumériste auquel s’attaque la jeune femme. Tout est dans le nom de son shop nous explique-t-elle : « le mot Endless (sans fin/infini) marque le côté réutilisable, qui dure dans le temps et le mot Soul parce que mon but est de recréer du lien entre les gens et les choses qu’ils achètent. Lorsqu’on utilise une lingette jetable, on le fait sans réfléchir, il n’y a pas d’attachement à la lingette mais lorsqu’on utilise son coton démaquillant réutilisable, ce dernier devient une partie intégrante de notre routine beauté et un certain attachement se créé. Peut-être qu’en ayant un attachement presque sentimental à plus d’objets du quotidien, cela aidera à un changement dans notre façon de consommer. Je veux que les gens chérissent même un truc tout bête comme un coton démaquillant, qu’ils créent ce lien sentimental. Cela donne une histoire, et donc une âme à l’objet aussi trivial soit-il. »

Peut-on vivre de ses idéaux ?

Pour la saint-josephoise, la réponse semble être « oui ». Même si pour le moment, les recettes de ses ventes Etsy ne sont que de « l’argent de poche », elle fait quand même une petite marge qu’elle réinvestit pour développer son concept et sa marque. Il lui arrive même parfois d’avoir des recettes suffisantes pour également pouvoir épargner un peu ou se faire plaisir. Cependant, Rachel garde pour le moment un emploi à mi-temps « traditionnel » qui lui permet de continuer son activité sur Etsy, de développer son shop tout en finançant son expansion et les dépenses mensuelles. Le mi-temps en salariat est donc idéal pour elle et s’accorde parfaitement à l’idée récente qu’elle se fait du travail. Effectivement, la jeune femme a depuis peu une réflexion sur le sujet et ne comprends plus le travail à plein temps qu’elle juge ‘vide de sens’ pour la plupart des gens qui n’exercent qu’un travail alimentaire. ‘Ce n’est plus normal que ce soit la norme’ clame-t-elle avec passion.  Elle et son compagnon ont décidé depuis peu de repenser leurs vies. Ils essaient depuis quelques mois de réagencer leurs vies pour ne pas avoir à travailler à plein temps et ainsi dégager du temps pour les choses qui comptent pour eux. « Je me rend compte que plus je travaillais et gagnais d’argent, plus j’en dépensais et maintenant que j’ai moins de revenu, j’ajuste ma consommation et mes dépenses et au final je me retrouve avec autant d’argent que lorsque je travaillais à plein temps et gagnait plus ! » s’amuse-t-elle.

Se trouver dans l’entreprenariat

C’est tout en émotion que Rachel aborde les répercussions de son projet Etsy sur son âme à elle. Elle nous raconte comment après une période difficile de dépression, aggravée par le début de la pandémie en 2020, son shop a été comme une bouée de sauvetage. La fabrication de ses produits a été très thérapeutique pour elle et la sérénité du projet l’a aidé à s’embarquer pleinement dans l’aventure tout en laissant derrière elle ses doutes. Elle s’attarde sur la bienveillance et le support de la communauté Etsy et Instagram qu’elle ne s’attendait pas du tout à recevoir : « Pour moi, ça allait être beaucoup de compétition, de chacun pour soi mais ça a été tout le contraire et ça me touche énormément. EndlessSouls m’a vraiment aidée à me retrouver. Je ne pensais pas que c’était possible de faire quelque chose qu’on aime. Et le fait que les gens adhèrent, que ça commence à marcher et la communauté que j’ai trouvée… J’en avais besoin pour reprendre confiance en moi. »

Des projets plein l’âme

C’est donc reboostée et tout en confiance que l’artiste envisage l’avenir de son shop. Elle réfléchit en ce moment a une montée en gamme. « Au début je ne savais pas trop où j’allais, je tâtonnais et je n’avais également pas beaucoup de fonds donc je prenais des matériaux abordables. Maintenant que je sais un peu mieux ce que je veux proposer et que je dégage assez de fonds que je peux réinvestir, je veux aiguiser le concept, l’approfondir, notamment en utilisant des tissus exclusivement bio, sourcés et éthiques par exemple. Ou encore en cessant l’utilisation de mica, un pigment minéral qui nécessite souvent le travail d’enfants et qu’il est difficile de sourcer. Je réfléchis plutôt à la possibilité de créer un partenariat avec quelqu’un qui fabrique ses propres pigments naturels ou à les faire moi-même. » Également en réflexion, la perspective de s’émanciper de la plateforme Etsy et de proposer son propre site Web pour son concept et ses articles. Rachel nous annonce être actuellement en contact avec une marqueteuse et en cours de démarchage de web designers. Enfin, le projet qui se concrétise dès ce mois de juin, un recalibrage de son offre sur Etsy. Pour cela, elle a fermé son shop pendant quelques semaines et le réouvre ce samedi 5 juin avec une offre épurée de qualité et de nouveaux designs (aperçu ci-dessous). « Cet inventaire me permet également de me constituer un stock ce qui accéléra le traitement de mes commandes. « Nous indique-t-elle. « Je me suis rendu compte qu’une offre large et variée avait contribué à la popularité de mon shop mais maintenant que je commence à me constituer une clientèle fidélisée et que je gagne en visibilité, mon but est de non pas faire de la vente pure et dure mais plutôt de promouvoir le concept EndlessSouls, le low-impact et inspirer les gens à une consommation avec plus d’âme. N’est-il pas toujours plus agréable de recevoir une attention faite avec le cœur, pour laquelle quelqu’un a donné de son temps et de son attention plutôt qu’un cadeau acheté vite fait dans un rayon rempli de produits identiques ? »

À noter que les demandes affluent déjà, donc s’il y a une personne en Métropole ou en Europe à qui vous souhaitez faire une petite attention pleine d’âme, n’attendez pas, c’est par ici !

Nouvelle collection EndlessSouls – disponible a partir du 5 juin 2021 sur Handmade eco products by EndlessSouls on Etsy

« Partir pour se retrouver »

Nous concluons l’entretien par l’inévitable sujet de l’île de la Réunion et il est clair que notre Rachel Greene Péi pourrait en parler indéfiniment. Elle nous explique avec une certaine tristesse que pour le moment, l’envoi de ses produits à la Réunion est impossible à cause de la situation sanitaire. « Mais dès que ce sera de nouveau possible, je compte bien carburer et promouvoir ma marque sur mon iîe natale. Ça me tient très à cœur. » En attendant, elle réfléchit à des façons d’intégrer la Réunion à ses produits. Alors, à quand les bougies parfumées à l’essence de vétiver et les bombes de toilettes combava ?

Avec le recul, Rachel semble mieux comprendre les origines réunionnaises de son expatriation et de son tout récent projet. En effet, elle nous raconte s’être parfois sentie à l’étroit à la Réunion, comme si dans ce cocon ensoleillé, il lui manquait tout de même quelque chose. Ce n’est que des années plus tard qu’elle comprendra : ce qui lui manquait n’avait rien à voir avec son environnement, elle avait tout simplement besoin de se trouver elle. Aujourd’hui, elle comprend que ses origines réunionnaises ont été le terreau qui lui a permis de cultiver une conscience écologique. « Lorsque tu grandis sur une île avec une nature si belle et toute jeune, il y a cette envie de la préserver (consciente ou inconsciente). Je ne savais pas comment faire pour porter ce message de préservation. En partant, ça m’a ouvert des perspectives et je serais tellement honorée si à mon échelle, mon message pouvait sensibiliser et inspirer les réunionnais à cultiver cet instinct protecteur. »

« Partir pour se retrouver », aujourd’hui, Rachel prend toute la mesure de cette expression. En sortant du nid, elle a pu s’affirmer pleinement, pas seulement en tant que femme ou en tant que réunionnaise, mais en tant qu’âme libre et créatrice qui aspire à un retour à l’essentiel.